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Des micro-organismes pour la protection intégrée des cultures contre les ravageurs et les maladies.

 
Vendredi, 01 Juillet 2011

Le CTIFL (Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes), dans une nouvelle fiche pratique (n°7) sur l’évolution des méthodes alternatives, présente un point sur l’utilisation de micro-organismes pour la protection des cultures (principalement légumières) contre les ravageurs et maladies : principe de cette lutte biologique, description et mise en œuvre, avantages et inconvénients. Les préparations actuellement autorisées en France et celles en perspective sont listées et brièvement décrites.

 

 

> Le principe de cette méthode de lutte microbiologique est d’utiliser des micro-organismes vivants (champignons, bactéries, virus) pour protéger les cultures contre les bioagresseurs aériens et telluriques. Les nématodes, qui sont des macro-organismes, et les spécialités à base de toxines de Bacillus thuringiensis (BT) n’entrent pas dans le champ des micro-organismes et ces moyens de lutte biologique feront ultérieurement l’objet de fiches spécifiques.

Selon le micro-organisme utilisé la cible est différente. On distingue : les champignons entomopathogènes pour protéger les cultures contre les insectes, acariens et nématodes, les micro-organismes champignons et bactéries bio-fongicides, les préparations de virus utilisées essentiellement contre les insectes ravageur. Il est souligné que certaines espèces de champignons ayant un intérêt en protection biologique, comportent des souches naturellement présentes dans le milieu comme Verticillium lecanii et entomophtorales et qu’en conditions favorables, ces populations naturelles peuvent avoir une efficacité dans la maîtrise des populations de ravageurs, notamment des insectes. En ce qui concerne les spécialités commerciales, ces produits sont surtout utilisés en cultures sous abri, où les conditions d’environnement sont mieux maîtrisées.

 

 

> Aspects réglementaires.

Le processus d’autorisation de mise sur le marché des préparations à base de bactéries, de champignons et de virus, est semblable à celui qui existe pour les spécialités phytosanitaires chimiques. Les espèces/souches doivent être inscrites au niveau européen à l’Annexe 1, puis les autorisations sont délivrées au niveau des Etats membres. Les dossiers à fournir sont importants et le coût élevé, d’autant que les marchés sont en général plus petits que pour les spécialités chimiques. Cela explique pourquoi à l’heure actuelle peu de produits de ce type sont autorisés en France, alors que de nombreux travaux ont été menés, notamment par les organismes de recherche. La réglementation est en cours de modification et des procédures simplifiées pourront être adoptées pour ce type de produits. (Ndlr : Cela se justifie par le fait que les procédures actuelles, identiques à celles appliquées pour les spécialités chimiques, sont très mal adaptées pour évaluer les spécialités à base de micro-organismes).


> Avantages et inconvénients.

Ces spécialités peuvent être très efficaces et permettre la réduction des traitements phytosanitaires avec des spécialités chimiques. Il n’y a pas de résidus soumis à réglementation et en général pas d’apparition de résistance vis-à-vis du micro-organisme (Ndlr : on peut cependant citer à cet égard le cas des spécialités à base de virus de la granulose du carpocapse des pommes et des poires). Les inconvénients résident dans l’usage généralement très ciblé (marché de niche) et l’incompatibilité avec certains traitements phytosanitaires chimiques. Le coût est en général supérieur à celui des produits classiques et il y a des contraintes pour le stockage et l’application. A ce sujet, les spécialités à base d’agents micro-biologiques doivent être généralement conservées au froid et pour les applications les conditions de température et d’humidité doivent être généralement respectées.

Le coût d’application de 3 spécialités à base de micro-organisme, cité à titre d’exemple, est de l’ordre de 100 à 110€/ha.

 

 

> Les champignons entomopathogènes.

Ils infectent les insectes en pénétrant à travers la cuticule par les conidies qui y collent et germent. Le champignon se développe provoquant la mort de l’insecte dans un délai de 3 à 10 jours selon la température. Quand l’insecte meurt le champignon colonise les organes internes puis sporule à la surface de l’insecte. De nombreux facteurs affectent l‘efficacité des  champignons entomopathogènes (propriété des populations de l’hôte et du pathogène et conditions du milieu). Leur sensibilité extrême aux conditions environnementales reste leur principal inconvénient. Un des facteurs les plus cruciaux dans l’utilisation pratique de ces champignons est leur persistance relativement courte sur le feuillage (des durées de vie de 2 jours sont signalées).

 

Les micro-organismes concernés et les usages en cultures légumières (avril 2011) sont les suivants :

- Paecilomyces fumosoroseus contre les aleurodes, inscrit à l’Annexe 1, son usage st autorisé en France contre les aleurodes sur tomate et concombre (PreFeRal®).

- Verticillium lecanii contre les aleurodes, inscrit à l’Annexe 1, son usage est autorisé en France contre aleurodes sur aubergine, concombre, tomate, fraisier (MYCOTAL®).

 

En perspective :

- Metarhizium anisopliae contre les thrips, inscrit à l’Annexe 1, il n’y a pas d’usage en France actuellement, mais il est en cours d’étude pour l’homologation.

- Beauveria bassiana, inscrit à l’Annexe 1, pas d’usage en France pour l’instant mais dossier de demande d’homologation en cours.

 

Pour connaître le statut réglementaire des spécialités se référer à la base e-phy (http://e-phy.agriculture.gouv.fr/).

 

 

> Les champignons et bactéries biofongicides.

Ces micro-organismes permettent de protéger les plantes contre d’autres champignons. Ce type de protection biologique par antagonisme est plutôt développé contre les maladies telluriques, par exemple les fontes des semis et les pourritures racinaires. Il y a moins d’exemples contre les maladies aériennes. Plusieurs mécanismes sont importants dans les réactions antagonistes, notamment le mycoparasitisme et la compétition pour le substrat et les sites d’infection. Les risques d’introduction volontaire d’antagonistes doivent être évalués dans chaque cas. Le risque est que parmi les espèces concernées certaines appartiennent à des espèces connues pour leur pouvoir pathogène vis-à-vis des plantes cultivées. Les préparations à base de micro-organismes antagonistes peuvent demeurer actives durant plusieurs mois, si on les conserve à 5°C en chambre froide, car à température ambiante le taux de propargules viables diminue rapidement. Le problème de la conservation de la viabilité et des propriétés de l’inoculum constitue un frein à l’emploi de ces produits.

 

Les micro-organismes concernés et les usages en cultures légumières et d’autres productions (février 2011) sont les suivants  (situation réglementaire, pour plus de détail se référer à la base e-phy (http://e-phy.agriculture.gouv.fr/).

- Coniothyrium minitans parasite des sclérotes de Sclerotinia sclerotiorum, S. minor et S. trifoliorum est inscrit à l’Annexe 1, son usage est autorisé en France sur plusieurs cultures légumières (aubergine, courgette, concombre, fraisier, melon, poivron et tomate) en traitement du sol (CONTANS®) ;

- Ampelomyces quisqualis champignon hyperparasite inscrit à l’Annexe 1, usage autorisé en France sur vigne contre la pourriture grise Botrytis cinerea (SERENADE® Biofungicide). Cette spécialité a aussi une autorisation de mise en marché (AMM) sur plusieurs cultures légumières.

- Trichoderma atroviride, T. Harzianum , T. Polysporum et T. Gamsii est inscrit à l’Annexe 1. En général les souches de Trichoderma peuvent avoir différents modes d’action (compétition, mycoparasitisme, antibiose) contre les agents pathogènes du sol. T. atroviride (Esquive WP®) a une AMM pour l’usage eutypiose sur vigne.

A noter que T. harzianum (TRIANUM et TRIANUM G®) a reçu une AMM pour le nouvel usage « stimulateur de la vitalité », sur cultures légumières (sauf légumes racines) et non pour un usage défini déjà existant. Il a aussi une AMM sur cultures florales et plantes vertes en traitement du sol.

 

En perspective :

- Pythium oligandrum, souche non virulente avec une action de compétition contre d’autres Pythium agents de la fonte des semis, qui est inscrit à l’Annexe 1 mais qui n’a pas d’usage en France.

- Gliocladium catenulatum est inscrit à l’Annexe 1, mais pas d’usage autorisé en France. En plus de ces espèces de nombreuses autres font l’objet de recherche et d’expérimentation en vue d’une homologation. C’est le cas de Microdochium dimenum, un champignon antagoniste pour protéger les cultures de tomates contre Botrytis cinerea.

Pour connaître le statut réglementaire des spécialités se référer à la base e-phy (http://e-phy.agriculture.gouv.fr/).

 

 

> Les préparations de virus.

Elles sont essentiellement utilisées pour la protection contre les insectes ravageurs. Le virus de la granulose du carpocapse est cité comme exemple (spécialités Carpovirusine et Madex autorisés en France). Des souches de virus contre Spodoptera exigua et Helicoverpa armigera (lépidoptères noctuidae) sont aussi inscrite ou en cours d’inscription à l’Annexe 1. Il n’y a pas encore de spécialités autorisées en cultures légumières, mais des essais sont en cours.

Les micro-organismes peuvent être également utilisés dans la protection contre les adventices. Certaines spécialités sont proposées aux producteurs dans d’autres pays, mais pour le moment c’est une voie assez peu étudiée en France.

 

 

Source : Ctifl : Point sur les méthodes alternatives, N° 7, mars 2011 (Moyens biologiques – PLI Production légumière intégrée)
http://www.fruits-et-légumes.net/revue_en_ligne/point_sur/fich_pdf/UtilisationMicroOrganismes.pdf

 
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