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Lutter contre les espèces exotiques envahissantes pour préserver la biodiversité.

 
Lundi, 05 Mars 2012

Les espèces exotiques envahissantes (Invasive Aliens Species en anglais)  sont des espèces dont l’introduction et / ou la dissémination, en dehors de leur distribution naturelle passée ou présente, menace la diversité biologique. Elles peuvent : causer de graves dommages aux écosystèmes, aux cultures et au bétail, ce qui perturbe l’écologie locale, impacter la santé humaine et produire de graves effets économiques. La Commission européenne lance une consultation publique, du 27 janvier au 12 avril 2012 sur une nouvelle législation dédiée aux espèces exotiques envahissantes, qui pourrait être adoptée d’ici la fin de l’année. Dans le cadre de la stratégie européenne sur les espèces envahissantes un projet, PRATIQUE, vise à mettre au point des méthodes de détection précoce des espèces potentiellement dangereuses pour les forêts européennes car, aujourd’hui, la majorité de ces espèces exotiques introduites en Europe viennent d’Asie.

 

> La consultation s’adresse à tous les citoyens et aux organisations.

Le projet européen Daisie, premier inventaire des espèces exotiques établies à l’échelle d’un continent, conduit de 2005 à 2008, avait permis de recenser : 10 711 espèces végétales et animales exotiques, cryptogénétiques ou introduites d’une région de l’Europe à l’autre, 45 211 événements d’introductions. Les plantes et insectes étant largement dominants. Ce sont 10 à 15% de ces espèces allogènes qui auraient un impact sur l’économie et l’environnement. L’Union européenne (UE) dépense au moins 12 milliards d’euros par an pour corriger ou réparer ces dommages.

 

La lutte contre ces espèces est l’un des 6 principaux objectifs de la Stratégie européenne pour la biodiversité établie à l’horizon 2020.  Alors que certains instruments de l’UE concernent les autres causes principales de la perte de la biodiversité, à savoir : le changement d’habitat, le changement climatique, la surexploitation et la pollution, il n’existe actuellement aucun instrument complet au niveau de l’UE pour s’attaquer à des espèces exotiques envahissantes. En 2011, la Stratégie sur la biodiversité de l’UE à l’horizon 2020 a été lancée, y compris l’objectif : « d’ici 2020, les espèces exotiques envahissantes (IAS) et leurs voies sont identifiées et hiérarchisées, les espèces prioritaires sont contrôlées ou éradiquées, et les moyens ont permis d’empêcher leur introduction, avec notamment l’établissement de nouvelles normes pour les IAS ». Le développement d’un instrument législatif dédié vise à combler les lacunes des politiques dans la lutte contre les IAS. La période de consultation est inférieure aux 12 semaines habituelles, car il y a eu déjà de nombreux retours, suite à l’opération de mars à mai 2011 sur la Stratégie européenne sur les espèces envahissantes. (Pour la consultation publique : liens dans la source avec questionnaire et documents préparatoires).

 

 

> Des arbres européens aux avant-postes en Chine pour détecter précocement les espèces potentiellement dangereuses pour les forêts européennes.

- Selon Alain Roques (Zoologie forestière INRA Orléans), qui coordonne la partie française du projet européen PRATIQUE destiné à devancer les invasions d’espèces exotiques dans les forêts européennes, « La majorité des espèces récemment arrivées en Europe viennent d’Asie, particulièrement celles colonisant les espèces forestières. Entre 2000 et 2008, 57% des insectes xylophages étaient originaires d’Asie. Ce continent a détrôné l’Amérique du Nord en tant que pourvoyeur d’espèces invasives, tous groupes confondus, vers l’Europe. En général, ces ravageurs ou parasites ne font aucun dégât dans leur pays d’origine. Soit qu’ils ont leurs ennemis naturels, soit que les espèces hôtes sont plus résistantes ». C’est à partir de ce constat, que les scientifiques ont planté des arbres « sentinelles » en Asie : cyprès, hêtres, charmes, sapins et 2 espèces de chênes, au total 7 essences communes aux forêts d’Europe, mais il n’a pas été possible d’obtenir d’autorisation pour les pins. L’objectif est de détecter, dans leur région d’origine, les nouveaux envahisseurs potentiels avant leur introduction dans un nouveau continent ou pays. A terme, il s’agit de disposer de méthodes de détection précoce pour endiguer l’expansion des envahisseurs.

 

De 2008 à 2010, les scientifiques français et leurs homologues chinois ont surveillé étroitement 2 parcelles installées dans les régions de Beijing et de Hangzhou (300 km au sud de Shanghai). A l’heure actuelle, une centaine d’espèces d’insectes se sont attaquées aux arbres sentinelles et 34 s’avèrent potentiellement dangereuses, dont 5 ont été retenues par les chercheurs comme étant à haut risque en cas d’invasion en Europe (coléoptères, lépidoptères et hyménoptères). Les chênes pédonculés en particulier se montrent  les plus vulnérables, ayant eu à subir des assauts répétés et meurtriers dans les parcelles chinoises.

 

- Ces avancées ont été rendues possibles grâce au programme Daisie, précédemment évoqué. « Un système d’alerte précoce européen permettrait d’anticiper les risques liés à certaines invasions. Ces risques ont fortement augmenté avec le récent affaiblissement des contrôles douaniers dans les pays de l’UE. D’où l’importance de disposer d’une liste d’espèces potentiellement dangereuses pour nos arbres » estime Alain Roques. En plus de l’expérimentation en Chine, le projet PRATIQUE comporte également un suivi de zones forestières en Sibérie pour détecter l’arrivée d’insectes ou de pathogènes nuisibles.

 

- Le rôle déterminant de l’homme et de la mondialisation.

L’ensemble des envahisseurs profite du développement des activités humaines pour gagner des territoires de plus en plus éloignés de leur aire d’origine. Le programme Daisie a mis en évidence une hausse exponentielle du nombre cumulé d’espèces exotiques arrivées en Europe ces 50 dernières années. La rapidité des transports intercontinentaux augmente aussi les chances de survie de ces passagers clandestins. Les introductions accidentelles, en augmentation, sont corrélées avec l’essor du commerce de plantes ornementales, des échanges horticoles et agricoles. Selon les scientifiques, les activités humaines surpassent en influence les contraintes géographiques et le climat, même si ce dernier influe sur le processus, en étendant notamment vers le Nord les aires de répartition des espèces adaptées à un climat chaud.

 

 

Sources : Commission européenne, Environnement, Consultations « Consultation sur un instrument législatif dédié  sur les espèces exotiques envahissantes », janvier 2012.

http://ec.europa.eu/environment/consultations/invasive_aliens.htm

 

INRA, Mission communication, communiqué de presse, « Espèces invasives : des arbres européens aux avant-postes en Chine, 04/01/2012.

http://www.inra.fr/les_recherches/exemples_de_recherche/especes_invasives_des_arbres_europeens_aux_avant_postes_en_chine

 
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