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LE RÉSEAU D’ÉPIDÉMIO-SURVEILLANCE DANS LE DOMAINE DU VÉGÉTAL EN RÉGION

Un nouveau système de surveillance des bioagresseurs des cultures est enfin défini par le Ministère de l’agriculture et de la pêche (MAP). Il a la double finalité de fournir un état sanitaire du territoire et, pour chaque région et filière, de diffuser des Bulletins de santé du végétal à l’ensemble des agriculteurs et prescripteurs. Ces Bulletins, qui analysent les risques, sont des outils d’aide à la décision contribuant à réduire l’usage des pesticides. Mais un mini tour de France montre que sa mise en œuvre en région soulève beaucoup d’interrogations et qu’elle est très loin d’être achevée.

La construction du dispositif en région est complexe, car elle implique un grand nombre d’organismes et d’acteurs impliqués dans les réseaux existants et qui sont donc appelés à travailler ensemble sur des bases communes. Un Comité opérationnel régional sous la Présidence du Président de la Chambre régionale d’agriculture organise la centralisation de la collecte des données, forme les observateurs, contrôle la qualité des données et désigne les chefs de projets par filière et assure leur coordination. Les chefs de file réalisent par filière les Bulletins de santé du végétal, à partir des informations fournies par les observateurs, ces Bulletins devant être diffusés à l’ensemble des agriculteurs et à leurs prescripteurs. Ce sont ces destinataires finaux qui prennent la responsabilité de la prescription des produits phytopharmaceutiques à utiliser. L’aperçu de la situation dans 6 régions, que nous résumons ci-après, montre que la mise en place comporte une certaine souplesse, afin de prendre en compte les particularités régionales. Il montre aussi que l’état d’avancement est très variable allant de l’étude du futur dispositif à quelques finalisations.

En Haute Normandie pour le choix du système de saisie des informations tous les partenaires ont opté pour Pernet, un outil développé par la Chambre d’agriculture de l’Eure, alors qu’en Basse Normandie certains l’utilisent et d’autres recourent à Vigicultures® l’outil d’Arvalis-Institut du végétal. Pourtant l’essentiel pour avoir une vision globale de chaque bio-agresseurl est de mettre en œuvre le même protocole d’observations et la même grille de notation et de saisie, et aussi de recourir aux mêmes modèles et seuils de risque. Des groupes de travail (Chambres d’agriculture, FREDON, SRPV, Instituts techniques) vont répondre à ces questions. Le groupe de coopératives Cap Seine (76), qui a son propre réseau Iso Risques, va s’y joindre.

Dans les Pays de Loire les Bulletins sanitaires de la FREDON « Céreop » ont remplacé dès 2007 ceux diffusés par le SRPV. Les cultures d’ornement ont suivi en 2008. Cinq Comités interviennent (grandes cultures, maraîchage, arboriculture fruirière, vigne et cultures ornementales). Dans la vigne la structure de conseil en viticulture « Néovitis », créée par les coopératives et le SRPV en 2006, envoie des flashs.

En Aquitaine, où presque toutes les cultures sont présentes, la mise en place d’une approche par filière a été abordée et les premières réunions ont démarré. En attendant les premiers Bulletins de santé du végétal au printemps 2010, les avertissements continueront à être émis par le FREDON. Pour la région, comme il existe de nombreux cabinets de conseils privés ainsi que des vignobles autonomes en matière de surveillance sanitaire, il s’agira d’apporter un plus. Pour les fruits et légumes, une structure commune avec la région Midi-Pyrénées est à l’étude.

En Picardie, où les acteurs du conseil ont l’habitude de travailler ensemble, on va poursuivre dans cette voie pour bâtir les futurs Bulletins de santé du végétal. Il y aura un rédacteur et un Bulletin par filière, dont la liste reste à définir. On se pose beaucoup de questions : quels partenariats, quels financements, comment observer, quels accès au Bulletins, qui finance quoi ?

En Champagne-Ardennes la réponse existe pour la filière viticole. Le Comité interprofessionnel du vin de champagne (CIVC) s’occupe depuis le 1er janvier de la rédaction et de l’édition du Bulletin de santé du végétal (Ndlr : Etant donné la valeur du produit on comprend qu’il ne s’agissait pas de dépendre des retards de l’administration du MAP !). Pour les grandes cultures les échanges se multiplient car il existe déjà le système d’observation de certains distributeurs qui n’envisagent pas de faire marche arrière (Exemple : Champagne céréales avec 70 techniciens observant hebdomadairement 600 parcelles environ). On s’orienterait vers un système d’échange de compétences. Arvalis-Institut du végétal souligne « qu’il n’est pas questions d’entrer en concurrence avec ce qui existe déjà ».

Dans le Centre, suite à une démarche ayant débuté en avril 2008 et associant SRPV, Chambres d’agriculture, Instituts techniques et organismes stockeurs, un seul et unique réseau a été mis en place et les premiers Bulletins de santé du végétal ont été émis en septembre 2008 pour le colza et les céréales. Au printemps suivront ceux concernant : les céréales de printemps, le tournesol, le maïs, les cultures légumières, puis la vigne. Les Chambres d’agriculture constituent et gèrent un réseau d’observateurs (coopératives, négociants, lycées agricole, Ceta, FREDON, Instituts techniques…), avec 100 points d’observations sur 6 départements de la région. Le protocole, établi par le SRPV, est unique et les observations réalisées le lundi sont adressées avant 8 heures le mardi matin aux modérateurs. A partir des données chacun rédige un Bulletin, adressé avant 11 heurs aux « pivots » départementaux. Pour le moment la diffusion des Bulletins de santé du végétal est gratuite et disponible sur Internet, mais qui paiera ensuite ou ne paiera pas en fonction de sa participation aux observations ? (Ndlr : La question est brûlante car, si comme le veut le MAP, pour que le plan Ecophyto 2018 se développe il est indispensable que tous les agriculteurs aient accès aux Bulletins de santé du végétal). Si les Bulletins dressent un état sanitaire des cultures, de la situation des ravageurs et maladies, rappellent les seuils et les risques, ils ne donnent pas de conseil, la responsabilité de la prescription incombe à l’agriculteur et/ou à ses prescripteurs.
Rappelons qu’un comité d’orientation (national), présidé par la DGAL du Ministère de l’agriculture et de la pêche, encadre des comités scientifiques chargés de valider les méthodes, les procédures et les outils d’évaluation du risque.

Sources : C. Deger “Biovigilance. Surveillance du territoire, chacun cherche sa place”. Campagnes et environnements, n°6, février 2009, pp 29-31.

 - 02/06/2009
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