 Dans le cadre du Salon de l’agriculture de février 2008 l’INRA (groupe filière protéagineux) a organisé une rencontre sur les défis et objectifs de la recherche sur les protéagineux. Les espèces protéagineuses (pois, féverole et lupin) ont un rôle important à jouer pour construire une agriculture durable et répondant aux attentes de la société dans les domaines économiques, environnementaux, énergétiques et alimentaires. Leurs graines, riches en protéines et de bonne valeur nutritionnelle, peuvent contribuer à réduire la dépendance européenne des élevages à l’égard des importations de tourteaux de soja, de plus elles peuvent être valorisée pour l’alimentation humaine et d’autre utilisations. Leur culture, qui intègre des préoccupations de durabilité (diversification des rotations, réduction de la fertilisation par la fixation symbiotique de l’azote de l’air), ne couvre cependant que 5% de la surface agricole en Europe, contre 15-25% hors Europe.
Le partenariat étroit entre l’INRA et l’Union interprofessionnelle de plantes riches en protéines (UNIP) qui est engagé va de la définition des questions de recherche aux actions de transfert. Il y a maintenant 30 années que l’INRA, l’UNIP et les Instituts techniques, coopèrent pour le développement des cultures de protéagineux et dès la fin des années 70 les bases du développement des pois protéagineux, féverole et lupin, ont été établies. Les bases de référence de la valeur alimentaire des protéagineux ont été établies et actualisées par des études impliquant tous les acteurs (INRA, Instituts techniques, Fabricants d’aliments du bétail et les firmes de services) et un programme européen ponctuel (PEA-ECLAIR). De même une démarche participative a groupé l’INRA, les sélectionneurs privés, et conduit maintenant des programmes de sélection forts avec des méthodes modernes (sélection assistée par marqueurs moléculaires). Une collaboration internationale est aussi développée dans le cadre de l’Association européenne de recherche sur les protéagineux (AEP) où l’INRA, leader incontesté, et l’UNIP participent à de nombreux projets, en particulier le programme Grain legume integrated project (GLIP) sur la génomique et la génétique. Tous ces travaux de recherche-développement sont indispensables et s’inscrivent dans une contribution aux challenges du monde agricole (agriculture durable, contribution des protéagineux aux questions environnementales, développement du concept de production intégrée proche d’une démarche filière).
De nouveaux marchés potentiels à plus forte valeur ajoutée pour les protéagineux émergent. La principale utilisation des graines de protéagineux est aujourd’hui l’alimentation animale, même si la part de ces productions (pois protéagineux, féverole, lupin) dans le marché est très limitée. Ce débouché à faible valeur ajouté est très important pour la production française, mais menacé par les faibles coûts et la plus grande disponibilité des produits riches en protéines (tourteaux d’oléagineux et soja) et les cours mondiaux très fluctuants du blé et du soja. Il convient donc de développer d’autres marchés potentiels à plus forte valeur ajoutée, relatifs à l’alimentation humaine (effets sur la santé, bases pour l’industrie). Pour ces usages l’exportation des graines de protéagineux vers l’Asie offre des marchés prometteurs. Dans le domaine des utilisations non alimentaires les amidons de pois présentent un intérêt particulier pour la préparation de matériaux solides et la chimie verte. Pour développer ces marchés il faut des graines dédiées à la consommation humaine, au fractionnement industriel en protéine, amidon et fibres et pour adapter les biopolymères aux usages alimentaires et non alimentaires.
De nouvelles opportunités d’utilisation des protéagineux en alimentation animale, qui est leur principal débouché, s’ouvrent avec l’envolée du cours des céréales et l’accroissement de la disponibilité des sous produits des biocarburants (tourteaux de colza, drèches de distillerie). Mais la relance de la production de protéagineux ne peut se justifier sans un maintien, voir un accroissement de leur compétitivité, en alimentation animale. Pour les monogastriques les volailles, plus exigeantes en protéines que le porc, pourraient valoriser les pois à teneur en protéine plus élevée, voir les féveroles. L’amélioration porterait aussi sur la teneur en facteurs anti-nutritionnels et sur une meilleure digestibilité. Le double lien du cours du pois avec ceux des céréales et des tourteaux de soja n’obère pas une augmentation simultanée des prix des uns et des autres. Bien que les sous-produits des biocarburants soient surtout destinés aux ruminants, on devrait apprendre à les utiliser en plus grande quantité pour les monogastriques, car selon certaines simulations l’association des pois aux tourteaux d’oléagineux serait économiquement favorable. Dans le nouveau contexte du marché des matières premières, c’est le faible niveau de la production et non le marché qui constitue le frein majeur à l’utilisation des protéagineux en alimentation animale.
Les services écologiques des protéagineux sont à la base des systèmes de cultures durables. Au développement des surfaces de légumineuses dans les années 80 en France a succédé un sérieux ralentissement dans les années 90, à cause des réformes de la PAC, d’une maladie tellurique (Aphanomyces), des faibles progrès des rendements et de leur forte variabilité (pour le pois surtout du au stress hydrique). L’insertion des légumineuses dans les successions des cultures offre de nombreux avantages environnementaux liés à leur capacité de fixation de l’azote atmosphérique, permettant de réduire significativement l’utilisation d’engrais azoté sur la culture et sur la suivante et d’énergie fossile liée à la fabrication de ces engrais. Elles réduisent aussi l’émission de gaz à effet de serre (GES) par l’absence d’apport d’azote. Elles diminuent le développement des mauvaises herbes, des maladies et des ravageurs fréquemment observé dans les rotations dominées par les céréales et le colza. Elles requièrent moins d’eau que les autres cultures d’été. Mais les agriculteurs ont pris l’habitude de raisonner les décisions à l’échelle d’une culture, plus qu’à celle de la rotation, à cause de l’absence d’indicateurs leur permettant de réaliser des diagnostics sur leurs pratiques pour en mesurer les impacts. De plus, la volatilité des prix et les évolutions des politiques publiques, fragilisent les raisonnements à long terme. Il n’y a pas de lien assez direct entre bénéfices environnementaux et profits économiques pour les agriculteurs, bien que la PAC ait tenté de les soutenir dans ce domaine. Les systèmes de cultures les plus répandus en France ces dernières années ont montré leurs limites avec la responsabilité de l’agriculture dans la pollution des eaux souterraines et de l’air. De nouveaux modes de conduite des cultures sont à inventer pour réduire les impacts environnementaux tout en maintenant la compétitivité des exploitations agricoles. Les données actuelles : réduction de l’usage des pesticides, crise de l’énergie, réduction de l’utilisation des ressources non renouvelables, augmentation des gaz à effet de serre, motivent la mise en place de systèmes plus durables. Face à ces enjeux les protéagineux offrent de nombreux services écologiques, qui devront être davantage valorisés par la construction de nouveaux modes de conduite plus durables, en concertation étroite entre agriculteurs, acteurs du développement, acteurs de l’environnement, pouvoirs publics. C’est cette construction que la recherche souhaite promouvoir dans les programmes lancés au niveau national et européen.
Sources : INRA (Duc G. et al, 2008. La filière protéagineuse française : quels défis pour la recherche ? Les rencontres INRA – Filières.Paris, Salon de l’agriculture (28/02/2008), Résumé des intervention
http://www.inra.fr/audiovisuel/a_la_une/rencontre_filieres_vegetales_la_filiere_proteagineuse_française
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