 Dans l’agriculture intégrée tout se tient car elle implique de considérer l’ensemble des techniques culturales et de raisonner les liens entre ces techniques. C’est ainsi, par exemple, que le travail du sol limite le développement des mauvaises herbes, la nutrition azotée joue sur le développement des maladies, le choix de la date de semis permet d’éviter les attaques de certains ravageurs. On cherche non à « artificialiser » le milieu mais à tirer parti de l’agroécosystème pour diminuer les risques environnementaux. Des travaux menés par l’INRA depuis plus de 20 ans ont montré qu’on pouvait obtenir des rendements en blé un peu plus faibles, mais des bénéfices économiques identiques (pour le prix du blé des 2 dernières décennies) en utilisant moins d’intrants, cela en modifiant la dose, la date de semis et la variété utilisée. C’est ce qu’on appelle « les itinéraires techniques à bas niveau d’intrants ». De même de nombreux outils de gestion (modèles Azodyn, Azoferts, Lora, Moderato…), mis au point avec différents partenaires, permettent aux agriculteurs d’ajuster les apports d’eau et d’engrais aux besoins des cultures, ce qui évite pertes et pollutions.
Des variétés plus robustes et résistantes à certaines maladies ont été mises au point comme la variété de blé Farandole. Des travaux coordonnés avec Arvalis-Institut du végétal, les Chambres d’agriculture et les sélectionneurs de variétés rustiques ont montré qu’elles renforcent l’intérêt des itinéraires techniques à bas niveaux d’intrants. Au prix du blé du début des années 2000, la marge économique de l’association variété rustique et conduite intégrée était dans 75% des cas plus élevée que les conduites conventionnelles avec variétés classiques. Selon la même orientation des mélanges de variétés et/ou espèces (par exemple pois/blé) dans la même parcelle ont été testés avec succès.
La production intégrée a été envisagée à l’échelle d’une succession de cultures et d’agencement des cultures. En combinant certaines modalités de travail du sol avec l’implantation des cultures intermédiaires on favorise la prévention de la pollution nitrique, celle de l’érosion et la gestion des mauvaises herbes et maladies. Les chercheurs sont ainsi parvenus à des niveaux de désherbage aussi bons et même meilleurs que ceux obtenus avec les herbicides, en jouant de plus sur le choix des espèces dans la succession des cultures et sur la profondeur du travail du sol. L’agencement des cultures dans l’espace et leur fréquence dans le temps permet de limiter certains bioagresseurs. Par exemple des cultures piéges à proximité des cultures commerciales, comme de la moutarde à côté du colza, des bandes enherbées et des haies pour favoriser les auxiliaires. La production intégrée remet en question une spécialisation de l’agriculture à l’échelle des systèmes de production et des régions, donnant par exemple un nouvel intérêt à l’association des cultures et des prairies.
Les connaissances acquises permettent d’offrir des solutions techniques par des itinéraires techniques à bas niveaux d’intrants pour une approche intégrée sur blé, colza et tournesol. Ces solutions sont éprouvées dans des situations écologiques, économiques et agricoles très variées, ainsi que leurs possibilités d’élargissement à des espèces telles que le maïs, la betterave à sucre, la pomme de terre et le pois. Le rôle de la recherche est de proposer de nouveaux systèmes de cultures et une démarche aux conseillers et acteurs de terrain pour concevoir eux-mêmes leur propre système en toute autonomie. Pour une réduction d’usage des pesticides il est nécessaire de mettre à la disposition des agriculteurs des indicateurs et des outils de diagnostic pour raisonner les interventions. Tout cela amène à reconsidérer le métier d’agriculteur.
Source: Meynard J.M., INRA magazine, n°4, pp 6-7, mars 2008.
|