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BIODIVERSITÉ : LES ESPÈCES INVASIVES MENACENT L’AGRICULTURE ET LA FORÊT

Les invasions d’espèces exotiques, appartenant à tous les règnes (animal, végétal, champignons, virus…) ne sont pas nouvelles et certaines très nuisibles ont été à l’origine de catastrophes économiques pour les cultures et l’élevage. Le phénomène s’est fortement accentué sous l’effet de la mondialisation avec le développement du commerce international, des transports maritimes et aériens, des déplacements humains. La majorité des introductions d’espèces allogènes (dites invasives), involontaires ou volontaires, sont le fait de l’homme, à cela s’ajoute le transport par des vecteurs comme par exemple les oiseaux pour la grippe aviaire.

L’Union européenne, qui a la responsabilité de combattre ces menaces, a édicté un ensemble de directives et procédures harmonisées avec les règles internationales du phytosanitaire, de la santé animale et du commerce. C’est dans ce cadre, renforcé par des mesures nationales, que les procédures de certification, les mesures de quarantaine, de surveillance de post-introduction, d’éradication et de lutte sont appliquées en France par le Ministère de l’agriculture (Service de la qualité et de la protection des végétaux Sdqpv, et les Services vétérinaires nationaux et départementaux lesquels coopèrent, le cas échéant, avec le Ministère de la santé). Mais à côté des dégâts directs que peuvent causer les espèces invasives à l’agriculture la forêt et les élevages il faut ajouter des inconvénients indirects (exemple des allergies sévères au pollen d’ambroisie) et ceux éventuels causés à la faune et à la flore sauvage indigènes, car les introductions biologiques représentent la deuxième cause de diminution de la biodiversité, dont l’agriculture peut être d’ailleurs victimes, après la destruction des habitats.
Bien que tous les Etats européens aient ratifiés la Convention sur la biodiversité, son application n’est pas vraiment au point, mais il faut reconnaître qu’on ne connaît pas précisément la situation en matière d’espèces invasives et que le champ d’application est très vaste. C’est pour cela que l’UE a développé un programme européen (2005-2008) pour inventorier les espèces et servir de base pour la prévention des invasions biologiques et leur contrôle DAISIE* (Delivering Alien Invasive Species Inventories in Europe = Inventaire sur la distribution des espèces exotiques invasives en Europe) et l’INRA a coordonné les études sur les invertébrés terrestres et les champignons. Les listes de DAISIE répertorient actuellement 8 996 espèces, ce qui souligne l’importance du problème. La Commission européenne, afin de définir sa politique et les mesures nécessaires, recueille par une consultation publique sur Internet (3/03/2008-5/05/2008) les avis et suggestions des organisations intéressées et des citoyens sur les « Espèces invasives exotiques »**
Mais que peut faire l’agriculteur pour contribuer à la maîtrise des risques pour ses productions liés aux espèces invasives ? Au-delà du respect des bonnes pratiques agricoles (évitant notamment les agorécosystèmes trop simplifiés) et des mesures sanitaires, il peut adhérer à des Groupements de défense contre les organismes nuisibles (GDON) lesquels, dans le cadre de leurs Fédérations départementales, régionales et nationale, participent notamment à la surveillance sanitaire des végétaux sur le territoire, les luttes collectives contre les espèces invasives et la lutte raisonnée. Que peut faire l’Etat en plus de l’application des réglementations que nous avons évoquées ? On a compris que les mesures supplémentaires que le Ministère de l’Ecologie mettra en place seront fonction du développement attendu à l’échelle européenne. Mais, dans l’immédiat, le Ministère de l’agriculture serait bien inspiré de ne pas désengager les Services décentralisés de la protection des végétaux du pilotage et de leur contribution essentielle aux avertissements agricoles, ne serait-ce que pour rester cohérent avec le renforcement de la surveillance des bioagresseurs prévu dans le cadre du plan Ecophyto 2018.

Henri Audemard


* Voir ci-après information dans la rubrique « Agriculture durable ».
** Voir ci-après l’information dans la rubrique « PAC ».


 - 11/04/2008
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