 Une simple adaptation de la réforme devra être prévue au second semestre 2008, c’est ce que l’on nomme « le bilan de santé » de la PAC. La France, à l’occasion de sa présidence de l’Union européenne (UE) a la volonté d’engager dès 2008 la discussion sur la réforme de la PAC qui devra intervenir en 2013, sans attendre les échanges de vues sur le budget européen de 2010 afin que les décisions financières soient prises en fonction de la politique définie. L’enjeu est l’avenir de notre agriculture, la 1ère d’Europe et la principale bénéficiaire des soutiens de l’UE avec près de 10 milliards d’euros. Selon ses propositions la Commission de Bruxelles souhaite orienter davantage la production vers les besoins du marché, en limitant les mécanismes de régulation (quotas, stocks d’invendus, subventions liées à la production choisie…). Il ne s’agit pas d’une question de revenu des agriculteurs mais d’une politique de sécurité alimentaire capable de nourrir dans l’avenir 500 millions d’européens. Cet avis est partagé en France tout comme le refus de prélever, comme le propose Bruxelles, sur les aides directes (le premier pilier de la PAC) pour financer le développement rural et l’environnement (le second pilier). (Ndlr : ce dernier pilier devant être cofinancé par l’UE et l’Etat bénéficiaire on comprend certaines réticences). La politique agricole doit être avant tout économique. La disparition de certains outils de régulation inquiète les agriculteurs, car ils sont indispensables pour organiser la stabilité du marché et prémunir les agriculteurs contres les baisses de prix et les consommateurs contre les hausses qu’ils subissent aujourd’hui. La volatilité des cours, qui ira croissante avec le réchauffement climatique, est redoutée et les assurances individuelles et les mécanismes de gestion de crise qui pourraient les remplacer font débat. La suppression des quotas laitiers (en 2015) et leur allégement plus rapide pourraient concentrer la production dans le Grand Ouest et entraîner la désertion des industriels de certains bassins d’emploi, la déprise dans les zones de montagne où les bovins (et ovins) ont plus qu’ailleurs un rôle environnemental. La France veut bien d’un découplage partiel des aides pour lequel elle avait opté en 2003, mais pas total comme la Commission, qui souhaite l’abandon du lien entre subvention et choix de production. Si tous les agriculteurs produisent la même chose en fonction des seules orientations du marché il n’y aura plus de production animale, ni de fruits et de légumes. Au nom de la sécurité alimentaire la France ne doit pas renoncer à une variété de production sur son sol. Le Ministre de l’agriculture souhaite profiter de l’opportunité du « bilan de santé » pour rééquilibrer les primes vers les productions nécessiteuses, comme l’agriculture biologique et l’élevage ovin. Cette idée à laquelle les agriculteurs semblent vouloir adhérer inquiète les céréaliculteurs. Selon l’économiste Philippe Chalmin à l’avenir le secteur des grandes cultures pourrait être totalement libéralisé et les aides concentrées sur l’élevage plus fragile.
Source : Journal Le Monde (Laetitia Clavreul), 24/02/2008.
http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/02/23lafrance-defend-le-maintien-d-une-veritable-politique-agricole-commune
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