Trois aspects sont à examiner : les comportements et attentes des consommateurs, les réponses des agriculteurs, les actions des pouvoirs publics européens et français. Les consommateurs européens, selon les enquêtes d’opinion, considèrent que l’une des priorités que l’Union européenne (UE) doit donner à sa politique agricole est de veiller à fournir une alimentation saine, sûre, variée et de qualité. Une partie non négligeable des consommateurs recherche des produits de qualité, qui ont du goût et produits de manière éthique.
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 De plus s’agissant des qualité nutritionnelles ils souhaitent une harmonisation et une simplification des étiquetages (là c’est surtout l’industrie agroalimentaire qui est en cause), alors qu’ils lisent peu ces indications. Les agriculteurs pour répondre en partie à ces attentes ont développé des systèmes de production, de plus en plus durables, de produits reconnus par des signes officiels français et/ou européens de qualité alimentaire et environnementale (230 000 exploitations sont impliquées dont 11 640 en agriculture biologique), ou des normes privées de qualité (183 100 exploitations). Mais il est évident que la majorité de la production alimentaire, qui est sans signe de qualité, est destinée aux consommateurs qui ne peuvent pas ou ne veulent pas payer plus cher leurs produits alimentaires, même si le surcoût est justifié par la qualité. Les pouvoirs publics, pour assurer la mise en marché d’une alimentation saine et sûre, suite en particulier aux crises sanitaires et en se réclamant du principe de précaution, ont mis en place des réglementations et contrôles contraignants et nombreux, par exemple pour : les résidus de pesticides, la traçabilité, le « paquet hygiène »… De plus comme les français se nourrissent mal, ce qui a des répercussions sur la santé de la population avec le développement de certaines pathologies, un plan national nutrition et santé (PNNS) 2006-2010 a été mis en place, visant d’abord à augmenter la consommation de fruits et légumes. Dans le cadre du PNNS un observatoire de la qualité de l’alimentation vient d’être installé. Les consommateurs sont habitués à une offre alimentaire abondante et diversifiée, confortés dans cette opinion par des excédents conjoncturels ou structurels de récoltes générateurs de crises économiques. Cependant, pour les prochaines décennies, selon les projections d’organisations internationales dont la FAO, le principal défi qu’auront les agriculteurs du monde à relever en matière d’alimentation sera de pouvoir fournir durablement une nourriture suffisante et diversifiée face à l’évolution de la démographie et pour l’UE un maintien de l’indépendance alimentaire européenne*. Beaucoup d’éléments contribuent à fragiliser la situation européenne, nous limiterons notre citation à : la pression de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), certaines propositions de la Commission européenne pour la réforme de la Politique agricole commune, la concurrence entre destination alimentaire et énergétique - chimie verte des récoltes, la déprise agricole et l’usage des sols ressource non renouvelable. Il faut donc que la France demeure une des grandes puissances agricoles mondiales. Pour notre avenir alimentaire il est vital de maintenir et de développer sur l’ensemble du territoire français une agriculture diversifiée, plus autonome, compétitive et durable dans ses modes de production et son économie. Pour cela il faudra aussi que la réforme de la Politique agricole commune prenne en compte en priorité la question de l’alimentation.
Henri Audemard
*Un ouvrage « L’arme alimentaire » (Christian Pèes, éditions Le Cherche-Midi ) souligne la priorité que donnent les Etats-Unis au renforcement et à la protection de leur agriculture qui pour eux est aussi une arme. Voir le livre « Nourrir l’humanité » (Bruno Parmentier, éditions de la Découverte, Prix des lecteurs Terra). Voir la présentation de ces livres sur le site Internet du Club Adalia (rubrique publications) http://www.clubadalia.com
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