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PLAIDOYER POUR LES CULTURES MINEURES

Les produits phytosanitaires destinés à les protéger font l’objet d’une procédure spéciale d’autorisation (usages mineurs). Les Limites maximales de résidus (LMR) dans leurs productions sont peu ou pas étudiées et varient selon les pays ce qui, ajouté au retrait de nombreuses molécules et aux usages non pourvus, menace leur protection, leur exportation et la pérennité de certaines. Un Symposium international organisé par la FAO et les autorités compétentes des USA a proposé une approche pour faciliter leur commerce.

Que ce soit pour les produits industriels, agro-alimentaires ou agricoles les médias et les politiques se focalisent sur les grands marchés porteurs (Airbus, nucléaire, produits laitiers, céréales…) qui sont l’objet de toutes les attentions officielles. Les petites productions et les marchés de niche sont souvent oubliés. Tel est le cas des culture mineures (cultures spécialisées serait à notre avis une meilleure qualification). Il s’agit de cultures qui occupent quelques dizaines à quelques centaines d’hectares en France*, ce sont des légumes (comme céleri branche, cornichon, pastèque, cresson…la ciboulette n’est même pas citée dans les statistiques officielles), des fruits (groseille, coing, figue…), des plantes aromatiques et médicinales (cerfeuil, origan, valériane, gingko biloba…). Pour les dernières citées, qui comprennent 90 espèces, les informations statistiques* remontant à l’année 2000**!! Ces cultures spécialisées subissent des attaques de bioagresseurs et leur protection phytosanitaire est souvent difficile faute d’études spécifiques, ce qui s’explique notamment parce que ce sont des marchés négligeables pour les industriels du phytosanitaire. L’utilisation de produits phytosanitaires dans ces cultures relève des « usages mineurs », c'est-à-dire des usages de faible importance économique nationale, qui font l’objet d’une procédure spéciale de mise en marché (les usages sont assimilés à ceux autorisés sur une plante ou une famille de plante plus importante). Lorsqu’il n’y a pas de solution autorisée les producteurs se retrouvent avec un usage non pourvu, entraînant une impasse technique totale avec des conséquences économiques très souvent graves. De plus on manque de données sur les résidus de pesticides dans les produits de ces cultures, les LMR et les législations varient selon les pays, ce qui freine le commerce international jusque là florissant pour certaines productions. La situation est telle que l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) s’est saisie de ce dossier avec l’aide du Ministère de l’agriculture des USA (USDA) et de l’Agence américaine de protection de l’environnement (US EPA) qui se sont préoccupés de longue date de ce problème et en ont une grande expertise. Ils ont, lors d’un récent Symposium, proposé une approche globale internationale afin notamment de favoriser les échanges commerciaux. Les cultures spécialisées, qui se pratiquent souvent sur de petites unités de surface (½ ha), sont des productions particulièrement intéressantes pour l’agriculture biologique qui devrait donc se développer. D’une manière plus générale on doit s’y intéresser plus sérieusement avec un effort des pouvoirs publics en leur faveur, en considérant en particulier leur contribution au maintien de la biodiversité, afin de ne pas condamner certaines d’entre elles à disparaître.

Henri Audemard

*AGRESTE (statistiques du Ministère de l’agriculture). http://www.agreste.agriculture.gouv.fr/
**Recensement 2000 des plantes à parfum, aromatiques, médicinales. Primeur, n°131, juin 2003 (accès à partir d’AGRESTE).

 - 15/02/2008
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